Ceci est une analyse de Mamadou Barry, analyse financier sur l’aide au développement 

Ces dernières semaines, à la suite des évènements de Niamey,  plusieurs annonces sont faites par des partenaires bilatéraux et multilatéraux faisant état de suspension de l’aide au développement aussi bien pour le Niger que les pays qui soutiennent le nouveau régime. Cela amène beaucoup de personnes à se demander à quoi rime cette notion et surtout quel est le niveau global de l’aide accordée aux pays en développement ? Nous tenterons de répondre à ces interrogations qui nous sont parvenues à plusieurs reprises.

Origine de l’aide au développement

L’origine connue de l’aide au développement est le discours sur l’état de l’Union du Président Américain Harry TRUMAN, discours prononcé le 20/01/1949 dans lequel il a émis l’idée d’aider les pays sous-développés à bénéficier des progrès scientifiques et industriels des USA afin qu’ils aient une croissance soutenue et l’amélioration de leurs conditions de vie. L’objectif visé donc était donc officiellement d’aider les pays les moins avancés à emprunter au moins le chemin du développement. Mais une autre raison non officielle est souvent citée à savoir contrer le communisme qui séduisait de plus en plus les leaders des pays sous-développés au début de la guerre froide. De sa conception initiale, l’aide a fait son petit bonhomme de chemin avec l’adhésion de pratiquement tous les pays développés au mécanisme. Nous assistons également de plus en plus à l’arrivée de pays émergents parmi les grands pourvoyeurs d’aide au développement. Il faut noter que dans son développement, l’aide s’est diversifiée si bien qu’on en croise 2 grandes familles à savoir l’aide multilatérale tirée par les institutions comme la Banque Mondiale, le FMI, l’Union Européenne, l’OCDE et l’aide bilatérale qui se fait sous forme de coopération entre nations. L’aide est surtout orientée vers les services sociaux de base notamment la santé, l’éducation et dans une moindre mesure les infrastructures. L’aide peut également prendre plusieurs formes à savoir les dons, les prêts à des taux préférentiels et des annulations de dettes (comme ce fut le cas pour l’initiative PPTE). L’aide n’est donc pas gratuite à tout moment.

Les chiffres liés à l’aide au développement

La Banque estimait déjà en 1998 (soit environ 50 ans après le discours de TRUMAN) à plus 1 000 milliards de dollars la somme consacrée par les pays développés à cette coopération au développement. De ce niveau déjà important, l’aide au développement octroyé uniquement par les pays du CAD (Comité d’Aide au Développement) a atteint 186 milliards de dollars uniquement pour l’année 2021. Pour l’année 2022, le montant est estimé à 204 milliards de dollars soit près du cinquième de l’aide accordée sur les 50 premières années. Cela laisse voir l’évolution fulgurante du niveau de l’aide au développement qui est devenue composante essentielle des politiques de développement des nations bénéficiaires. Dans l’ordre, les 5 premiers pourvoyeurs de l’aide bilatérale en 2022 sont les USA, l’Allemagne, le Japon, la France et la Grande Bretagne. Pour l’aide multilatérale, l’Union Européenne vient en tête suivi par le FMI. Une chose est constante cependant, depuis 1969, année où l’aide au développement fut structurée à travers la création du CAD, aucun pays n’est passé du stade de sous-développé à celui de développé malgré l’accroissement exponentiel du niveau de cette aide. La question de l’efficacité de l’aide reste donc posée et beaucoup d’études scientifiques y ont été consacrées. L’autre question fréquemment abordée dans les études portant sur l’aide au développement est de savoir si les pays en développement sont à mesure de se passer de cette aide compte tenu de son importance dans leurs différents programmes et politiques de développement.

La situation du Burkina Faso

L’aide au développement est un élément important dans le dispositif de financement des politiques publiques du pays. Les données les plus récentes furent diffusées en 2022 à la suite d’une étude commanditée par le consortium d’OSC composé du CERA-FP, du Balai Citoyen et de l’AFJ-BF (rapport partiellement publié par l’économiste du Faso). Suivant ladite étude, entre 2016 et 2020, l’aide reçue par le pays est passée de 630.2 milliards à 1 232.7 milliards de FCFA soit une croissance de 95.6% en seulement 4 ans. L’étude relève également que l’aide bilatérale est portée (par ordre d’importance) par la France, les USA, l’Allemagne et le Japon. L’aide multilatérale quant à elle est portée par le FMI suivi de la Banque Mondiale, l’ONU, la BAD, la BOAD etc.. Il convient de noter que certaines ONG participent énormément à l’aide au développement dans le pays, il s’agit pour l’essentiel de Compassion International, CRS, Plan international. Le constat est donc que l’aide est prépondérante dans la stratégie de financement des politiques publiques si nous comparons son niveau au budget de l’Etat. Mais le constat demeure le même à savoir le développement se fait toujours attendre. Les causes de l’inefficacité de l’aide au développement pour assurer le développement du pays fut abordée par un burkinabè dans le cadre de son mémoire de Master soutenu à l’Université de Montréal en 2011 du nom de Kalilou BOLY. Selon lui les principaux facteurs explicatifs de cette inefficacité sont les facteurs naturels (climat, géographie etc.), le manque d’implication des populations bénéficiaires dans la conception des projets, le déplacement des populations etc. A ces facteurs nous pouvons ajouter la corruption qui gangrène le secteur de l’aide au développement (détournement des fonds, gaspillage des ressources), l’orientation de certaines aides vers des secteurs non productifs, le manque de suivi des réalisations après la fin des projets etc. Il est donc impérieux de continuer à réfléchir autour des stratégies pour rendre l’aide plus apte à conduire au développement ou de s’en passer (décision lourde de conséquence).

Mamadou BARRY

Analyste financier

By Ib_Z

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